Ça m'arrive souvent, en dépannage, de récupérer un portable avec un disque tout neuf et un écran qui affiche « Operating System not found ». Le propriétaire a déjà téléchargé l'image ISO, déjà branché sa clé USB, et pourtant rien ne démarre. Neuf fois sur dix, le problème n'est pas l'ISO. C'est la clé.
Installer et configurer un système d'exploitation tient en réalité en cinq moments bien distincts, et c'est presque toujours l'un des deux que tout le monde saute : la fabrication du support amorçable et le réglage du firmware. Le reste, l'assistant Windows ou l'installateur Linux le fait pour vous.
Je vais vous dérouler la méthode que j'utilise en atelier, dans l'ordre, avec les pièges qui m'ont coûté le plus de temps.
Points clés à retenir
- Le support amorçable se prépare avant de toucher au PC : bon schéma de partition, bon système de fichiers.
- Sur une machine récente, c'est le firmware (UEFI, Secure Boot, mode SATA) qui bloque, pas la clé.
- Sauvegardez vos données : toute installation propre efface la partition système.
- Le partitionnement décide de la place que vous laisserez à Linux ou à un second Windows.
- Après installation, les pilotes et les mises à jour comptent autant que le système lui-même.
- Le test final, c'est un redémarrage complet sans le support branché.
Préparer le support amorçable : l'étape que tout le monde bâcle
Un fichier ISO n'est pas une clé amorçable. C'est une image. Il faut l'écrire sur le support avec un outil qui sait rendre la clé démarrable. Sous Windows, l'utilitaire de création de support de Microsoft fait le travail pour Windows. Pour tout le reste, Rufus ou Ventoy sont mes préférés. Ventoy a un avantage énorme : on copie plusieurs ISO sur la clé et on choisit au démarrage. Une clé, cinq systèmes.
Quel format choisir ?
Deux questions décident de tout.
- GPT ou MBR ? GPT si le PC démarre en UEFI (toute machine vendue depuis des années), MBR seulement pour du très vieux matériel en BIOS hérité.
- FAT32 ou NTFS ? FAT32 est reconnu partout par l'UEFI, mais plafonne à 4 Go par fichier. Une ISO Windows complète dépasse souvent cette limite, d'où l'intérêt de Rufus qui découpe ou de NTFS avec un pilote adapté.
Franchement, pour un PC de moins de huit ans, partez sur GPT + UEFI sans hésiter. J'ai perdu une soirée entière sur un portable Dell en mélangeant les deux modes : la clé démarrait, l'installateur se lançait, puis plantait sur « no bootable device » après le premier redémarrage. Le coupable : une clé gravée en MBR sur un firmware en UEFI strict.
Configurer le BIOS/UEFI : le passage obligé
Redémarrez et martelez la bonne touche. F2 ou Suppr sur la plupart des cartes mères, F12 ou F10 pour le menu de démarrage chez Dell, HP, Lenovo. Sur les machines Lenovo récentes, c'est souvent F1 ou un petit bouton « Novo » sur le flanc.
Les trois réglages qui débloquent tout
- L'ordre de démarrage : placez l'USB en tête, ou passez par le menu de boot ponctuel (F12) qui ne modifie rien de façon permanente — plus propre.
- Secure Boot : à désactiver uniquement si votre clé n'est pas signée. Windows 11 l'exige activé, gardez-le donc pour une installation Windows.
- Le mode SATA : AHCI plutôt que RAID. Si le disque n'apparaît pas dans l'assistant d'installation, c'est presque toujours ça.
Un détail qui m'a bien énervé la première fois : sur certaines cartes mères, le disque est invisible pour l'installateur tant que vous n'avez pas basculé en UEFI natif avec le CSM désactivé. Le CSM, c'est ce mode de compatibilité qui imite l'ancien BIOS. Il fait plus de mal que de bien sur du matériel récent.
Lancer l'installation, étape par étape
Une fois la clé reconnue, l'assistant se lance. Chez Windows, vous choisissez la langue, la version (Famille ou Pro — Pro si vous voulez BitLocker et le Bureau à distance), puis le type d'installation : Personnalisée, jamais Mise à niveau sur une machine vierge.
Le partitionnement, moment de vérité
L'écran des partitions fait peur. Il ne devrait pas.
- Tout effacer si le disque est neuf ou dédié : supprimez chaque partition jusqu'à ne garder qu'un bloc « Espace non alloué ».
- Laisser Windows faire : sélectionnez l'espace libre, cliquez Suivant. Il crée seul ses trois ou quatre partitions (EFI, MSR, système, récupération).
- Prévoir un dual boot ? Réduisez l'espace au moment du choix et laissez la moitié non allouée pour le second système.
Sur une installation Linux, l'affaire est plus manuelle : une partition / en ext4 d'au moins 40 Go, une partition /home séparée si vous voulez préserver vos documents lors des réinstallations, et une partition EFI de 512 Mo partagée. J'ai longtemps tout mis sur une seule partition. Erreur. La première réinstallation m'a tout pris.
Comptez 20 à 40 minutes pour l'installation seule sur un SSD. Sur un vieux disque mécanique, deux fois plus, et l'écran semble figé par moments. Ce n'est pas un plantage, c'est le disque qui souffre.
Comment changer le système d'exploitation d'un ordinateur déjà en service
Remplacer un OS existant change la donne, parce qu'il y a des données à sauver. Deux chemins.
Le dual boot : vous installez le second système à côté, dans l'espace libre créé au préalable. Le chargeur de démarrage vous proposera les deux au lancement. C'est réversible et sans risque pour l'ancien système, à condition de bien viser la bonne partition pendant l'installation. La règle d'or : ne touchez jamais à la partition EFI existante, l'assistant s'en occupe.
Le remplacement pur : vous écrasez tout. Dans ce cas, sauvegardez d'abord, sans exception. Documents, photos, favoris, licences logicielles, profils de messagerie. Une fois l'assistant lancé, il n'y a plus de retour arrière possible. J'ai vu un commercial perdre huit ans de devis pour avoir « juste voulu tester » sans sauvegarde. Ne soyez pas ce commercial.
Configurer le système après installation
Le système est en place, mais il n'est pas encore utilisable au quotidien. Les premières heures comptent.
Pilotes et mises à jour
Sur Windows, lancez Windows Update jusqu'à épuisement, puis allez chercher les pilotes graphiques directement chez le fabricant. Windows installe souvent un pilote générique qui fonctionne, mais qui laisse 20 à 30 % de performance sur la table en jeu ou en rendu vidéo. Sur Linux, tout passe par le gestionnaire de paquets : une commande de mise à jour, puis les pilotes propriétaires si votre carte graphique en a besoin.
Réglages de base à ne pas oublier
- Nom de la machine et compte utilisateur — évitez « PC » ou « Admin ».
- Activation : vérifiez que la licence est bien reconnue, notamment sur un portable dont la clé est gravée dans le firmware.
- Plan d'alimentation en « Performances » sur un poste fixe, « Équilibré » sur un portable.
- Un point de restauration dès la première configuration terminée. Un filet de sécurité pour plus tard, ça ne coûte rien.
| Situation | Support à créer | Firmware | Partitionnement |
|---|---|---|---|
| PC récent, Windows seul | GPT + FAT32 | UEFI, Secure Boot activé | Automatique |
| PC ancien (BIOS hérité) | MBR + NTFS ou FAT32 | BIOS, CSM activé | Manuel MBR |
| Dual boot Windows + Linux | GPT + Ventoy | UEFI, Secure Boot désactivé | Moitié pour chacun |
| Machine virtuelle de test | ISO montée directement | Sans objet | Disque virtuel |
Les erreurs qui reviennent tout le temps
Trois symptômes, trois causes, presque toujours les mêmes.
- « No bootable device » : clé en mauvais schéma de partition, ou USB non placée en tête de démarrage.
- Le disque n'apparaît pas dans l'assistant : mode SATA en RAID, ou pilote de stockage absent (fréquent sur les portables récents montés en NVMe exotique).
- Écran noir après l'installation : pilote graphique générique, ou Secure Boot qui refuse le pilote signé d'un autre système.
Aucune de ces erreurs n'est grave. Toutes se règlent en revenant au firmware, en vérifiant le schéma de la clé, et en changeant un réglage à la fois. C'est le seul vrai principe : un changement, un redémarrage, un test. Si vous modifiez trois paramètres d'un coup et que ça plante, vous ne saurez jamais lequel était en cause. Je l'ai appris à mes dépens, un dimanche soir, à tout reprendre depuis zéro.
Comment vérifier que tout fonctionne
Débranchez la clé USB et redémarrez. Si le système se lance seul, la partie démarrage est gagnée. Ensuite, le test complet : connexion réseau, son, écran à la bonne résolution, mise en veille et réveil, et un transfert de fichier depuis une clé externe. Si tout répond, l'installation est terminée pour de bon.
Et si un périphérique reste muet, ce n'est jamais le système entier qu'il faut réinstaller. C'est un pilote. Un seul. Le réflexe inverse coûte une soirée, à chaque fois.
Finalement, installer un système d'exploitation n'a rien de magique. C'est de la préparation, un firmware correctement réglé, et de la patience pour le partitionnement. La prochaine fois que votre PC affichera ce message d'erreur au démarrage, vous saurez déjà où regarder.